Dialia keita
DIALIA KEITA
ASSOCIATION DES FEMMES RAPATRIEES DE COTE D’IVOIRE à SIKASSO
Mancourani I, Sikasso
Email. :
Innovatrice Ashoka depuis 2009
Langues: Français, Dioula
La plupart des émigrants maliens vivant à l'étranger sont dans un statut quasi juridique ou illégal, et souvent contraints au rapatriement involontaire au Mali. Dialia Keita a commencé avec une organisation pour les femmes qui sont obligées de retourner dans leur pays d'origine en raison des conflits politiques, économiques et sociaux. Son organisation, l'Association des femmes rapatriées de Côte d'Ivoire, aide les femmes à développer leurs compétences dans la production et la transformation alimentaire afin qu'ils puissent vivre et travailler sans le traumatisme du rapatriement.
La Nouvelle Idée
Environ 2 millions de Maliens vivent et travaillent actuellement à l’extérieur du Mali. Beaucoup de ces émigrés, particulièrement les femmes, finissent par retourner au Mali, mais ont des difficultés à se réinsérer dans la société malienne. Dalia Keita et son organisation, l'Association des femmes rapatriées de Côte d'Ivoire (AFRACI), aident les femmes rapatriées de Côte d'Ivoire à retourner de leur propre volonté au Mali. AFRACI aide les femmes à exercer les compétences qu'elles ont acquises en vivant à l'extérieur du Mali et à appliquer leurs nouvelles connaissances dans l'économie du Mali. AFRACI se focalise sur les techniques agricoles innovantes en milieu rural et sur la transformation des produits de l’agriculture. La philosophie de l'organisation est que, en vivant et travaillant dans un pays différent, les femmes vont apprendre de nouvelles techniques, élargir leurs aptitudes, et être ouvertes à de nouvelles idées. Cette connaissance ne doit pas être rejetée, mais reconnue par la société malienne et introduite dans le marché agricole malien.
Dialia estime que les femmes peuvent surmonter les préjugés et les stigmatisations contre elles lorsqu’elles retournent au Mali si elles s'organisent et apportent leurs nouvelles connaissances au Mali d'une manière positive. En commercialisant leurs connaissances, elles peuvent aider le Mali à développer une meilleure et plus précieuse production alimentaire tout en assurant les moyens de subsistance pour elles-mêmes.
Le problème
On estime à 10 millions la population malienne résidant dans le pays et à deux millions le nombre de maliens émigrés : Ainsi plus de 15% de la population vit à l'étranger. Ils vont vers les pays voisins, comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire, mais aussi vers le Congo ou même vers la France, l'Espagne et la Grèce. Ce processus s'est accéléré de manière significative pendant la longue période de sécheresse des années 70, et a continué à augmenter depuis lors. Les programmes d'ajustement structurel mis en œuvre dans ces pays ouest-africains pour réduire la pauvreté continuent à creuser le fossé entre les riches et les pauvres et à pousser de plus en plus les populations en dehors des zones rurales et vers les villes et vers d'autres pays.
En Afrique de l'Ouest, des conflits politiques internes créent des flux de migration constante entre les pays comme le Mali, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso. Les gens sont souvent forcés de quitter leur pays d'origine en tant que réfugiés pour fuir la violence. Ces conflits politiques internes et ces migrations non planifiées donnent une vision négative des étrangers, ce qui exacerbe la xénophobie dans la région. Lorsque survient une crise économique, les premiers boucs émissaires sont les nouveaux immigrants d'un pays. Conséquence, ces mêmes immigrants peuvent être obligés de quitter leurs foyers en raison de nouvelles mesures de répression du gouvernement sur les immigrants illégaux, ou parce que dans les pays voisins il y a des conflits civils et les étrangers sont particulièrement visés et sont victimes de représailles. Il n'y a pas de statistiques officielles sur le nombre de Maliens qui ont été involontairement rapatriés, mais en France, avant les élections des estimations faisaient état de pas moins de 400.000 immigrants illégaux ouest africains qui avaient été refoulés. C'est un phénomène très courant en Afrique de l’Ouest.
Au Mali et ailleurs en Afrique de l'Ouest, les réfugiés sont souvent pris en charge dans les grands camps par le gouvernement et les organisations internationales et celles des Nations unies. Toutefois, cette solution n'est pas durable. Les réfugiés ont un endroit où loger et de la nourriture, mais il n'existe aucun processus d’insertion. Les immigrants ont des difficultés à s'intégrer dans l'économie locale, et ne sont souvent pas acceptés par la population locale. Si ces immigrants sont obligés de retourner définitivement dans leur pays d'origine, ils sont souvent considérés comme des échecs, et ne sont pas les bienvenus à la maison et à l'étranger.
Ces «Rapatriés», ou ces immigrés qui rentrent chez eux après avoir fui ou simplement être partis à l'étranger, sont considérés comme des intrus qui créent un environnement plus dangereux pour les locaux. Souvent, ils ne leur font pas confiance et ils sont mis à l’écart en raison de leur accent, de leur comportement, ou de ce que beaucoup perçoivent comme un complexe de supériorité par rapport à leur propre peuple. Quand ils retournent dans leur pays d'origine, le résultat de cette xénophobie est qu’ils n'ont plus les mêmes liens sociaux avec leurs communautés. C’est un grave handicap dans une société où la richesse principale des gens est leur réseau social et la garantie de l'appui de ce réseau.
Une grande partie de la population ouest-africaine, en particulier les jeunes générations, croient en l'émigration comme solution pour échapper à des conflits, à la pauvreté, et comme clé de réussite économique. L'émigration est la stratégie qui semble offrir l'espoir d’une vie meilleure, tant pour la personne qui part que pour la famille. Mais quand les gens rentrer chez eux sans envoyer de l’argent et sans réussite, et qu’ils essaient de se réinsérer localement, ils sont souvent mal accueillis. Beaucoup de personnes rapatriées reviennent avec seulement la honte d'avoir été injustement traités loin de la maison. Résultat, il ya un taux élevé de dépression et de suicide parmi eux. Beaucoup vivent dans l'espoir d'émigrer à nouveau et préfèrent vivre loin des yeux inquisiteurs de leur propre communauté.
Les immigrants qui rentrent chez eux obtiennent une assistance de base au niveau local, national et même international. Le gouvernement central peut fournir les choses nécessaires, comme la nourriture et l’abri, pour les deux premières semaines après le déplacement d’un grand nombre de personnes. Tant que le conflit fait la une, l'aide est disponible. Cependant, cette aide massive ne concerne pas les particuliers. En outre, il ne concerne pas les petits groupes ou les individus qui sont constamment en mouvement au niveau des frontières.
La Stratégie
Dialia a réuni un petit groupe de femmes rapatriées afin d'évaluer leurs compétences et leurs connaissances et a commencé à penser à la meilleure façon de les utiliser. Ensemble, elles ont choisi la production et la transformation alimentaire suivant leur domaine d'expertise. Les aliments tels que l'atiéké, le gary et le tapioca sont tous des produits dérivés du manioc, une culture abondante en Côte d'Ivoire, mais relativement rare au Mali. Le Mali importe le manioc de Côte d'Ivoire, mais les conflits civils dans les deux pays ont perturbé le système de distribution. Dialia a démontré qu'il y avait une forte demande pour ces types d'aliments, non seulement pour les rapatriés eux-mêmes, mais aussi pour une forte frange de la population malienne. Les femmes rapatriées ont permis une grande ouverture du marché du manioc au Mali. Elles s’étaient familiarisées avec les pratiques agricoles de la production du manioc et ont souvent cherché à la propulser dans la société malienne.
Dialia a commencé son initiative en batissant une organisation associative de 400 femmes. Ces femmes ont pu cotiser 100 francs CFA, moins d'un dollar par mois, pour trouver des solutions à leurs besoins fondamentaux. En outre, elles se supportent mutuellement comme elles ont eu à le faire à travers le processus épuisant de la reconnaissance juridique par le gouvernement malien à leur retour de Côte d'Ivoire. Dialia a également commencé la formation des femmes, elle a aidé les membres à développer les processus de transformation de manioc en athieke et la vente de cette nouveauté sur le marché malien. Comme Dialia et son équipe ont développé leur capacité de production, de transformation et de traitement alimentaire, elles ont partagé leurs compétences avec d’autres groupes de femmes dont plusieurs membres étaient également rapatriés dans la région. AFRACI est progressivement devenu populaire grâce à la formation avec succès des groupes de femmes dans la transformation et la commercialisation des produits alimentaires. Aujourd'hui, elles ont lancé la distribution de plus de vingt produits sur le marché, du manioc cru au tapioca prêt-cuit.
Dialia a été encouragée par le succès des entreprises féminines et a voulu aller au-delà de la transformation afin qu'elle puisse avoir une source plus large d’éventail de produits agricoles. Elle a voulu être en mesure d'expérimenter, d'assurer la qualité, et donner aux femmes expertes en agriculture un environnement sûr pour travailler. Elle a réussi à obtenir cinq cents hectares de terres à l'extérieur de Sikasso, ainsi que plusieurs machines pour les travaux agricoles, assez pour démarrer une exploitation agricole. La nouvelle ferme AFRACI a servi de lieu pour les fermières maliennes et les experts en alimentation pour former les jeunes candidats à l’immigration aux nouvelles techniques de culture et de transformation, pour implanter les femmes rapatriées dans des rôles de leadership et de contribution aux communautés dans lesquelles elles ont recommencé à vivre.
La prochaine étape pour Dialia est d'élargir ses connaissances dans les opportunités entrepreneuriales pour les rapatriées d'une ferme à petite échelle à une plus grande communauté de femmes rapatriées vivant au Mali. Elle est maintenant responsable de la section des femmes de la Fédération nationale des Maliens rapatriés, et elle travaille avec des groupes de femmes de plus de cinq différentes communautés à lancer des initiatives similaires à son projet initial à Sikasso. L'objectif à long terme est de consolider les produits de l'ensemble de ces différentes communautés en une seule marque nationale contrôlée par une fédération de femmes rapatriées. Sa vision est d'utiliser le modèle de réussite des femmes rapatriées de Côte d'Ivoire comme modèle pour d'autres femmes de même condition afin de leur permettre de réussir dans leur pays. Elle est également en contact avec des immigrés clandestins de Grèce, d’Italie et de France pour les encourager à investir dans leur pays d'origine afin de les aider à assurer un retour digne.
La Personne
Dialia est née dans une famille conservatrice de commerçants maliens vivant en Côte d'Ivoire. Elle a été élevée à Sikasso, et durant son adolescence, elle a acquis une grande réputation en tant membre éminent de l'équipe de basket locale, les Amazones. Toutefois, cette période heureuse et couronnée de succès de sa vie a pris brusquement fin avant son entrée en cycle secondaire. Son père l'a retiré de l'école et mariée à un parent plus âgé qui lui a fait traverser la frontière malienne et amenée à Abidjan, où il était lui-même un émigré. Quelques années plus tard, son mari l’a abandonné avec ses cinq enfants en Côte d'Ivoire. Dialia encaissa difficilement la situation mais va la tourner à son avantage. Elle devint indépendante et travailla pour une entreprise commerciale en acquérant une expérience dans la présentation de nouveaux produits dans le marché alors florissant d’Abidjan.
Lorsque la guerre civile éclata en Côte d'Ivoirer en 2002, Dialia fit un voyage cauchemardesque pour revenir à Sikasso en bus avec ses quatre petites filles. Elle confia son fils à son mari. Son fils disparut par la suite, elle ne le revit jamais. Depuis elle a divorcé avec son mari.
Dialia était juste un individu dans un groupe important de personnes rapatriées de Côte d'Ivoire à l'époque. Elle était frustrée par la réaction léthargique du gouvernement et des ONG internationales à apporter un solution durable aux réfugiés, et n'était pas satisfait du système de dépendance. Ce processus de rapatriement douloureux et forcé l’a inspirée à créer AFRACI. Rapatriée dans la ville où elle avait grandi, sa priorité était de répondre aux besoins urgents des femmes : s'occuper des malades et des blessés, trouver des provisions de base, et organiser une collecte pour les enfants afin d’obtenir un certificat de nationalité malienne et être inscrits à l'école.
Les efforts de son organisation communautaire sont parvenus à attirer l'attention des autorités locales. Elle a été sélectionnée pour suivre une formation dans la conception de projet au très sélectif Centre Songhaï du Bénin, qui est spécialisé dans la récolte et les techniques intermédiaires de la transformation alimentaire. Durant toute sa formation, elle est restée optimiste et prête à aller toujours plus loin de ce qu'on attend d'elle et de son organisation. AFRACI a atteint un impact mondial, en participant à des foires internationales agricoles et alimentaires.


